D’une plate-forme ferroviaire à un parc multifonction
- GENÈSE ET MORPHOLOGIE D’UN QUARTIER EN MUTATION -
Nos remerciements vont : - aux salariés de la Semavip (pour leur disponibilité et leur ouverture d’esprit) ; - à la Direction de l’Urbanisme (pour son enthousiasme) ; - à l’agence Allegria (pour la rigueur de son organisation) ; - aux réalisateurs (pour leurs prouesses techniques) ; - aux hôtesses (pour s’être prêtées à un « jeu sans filet ») ; - aux gardiens des ateliers Berthier (pour leur compréhension face à nos retards intempestifs) ; - à la municipalité (pour avoir initié ces journées) ; - aux promeneurs...
Courant
du mois d’août 2009, Corinne Martin, responsable communication
auprès de la Semavip, contacte Yves Clerget, membre fondateur de
l’association LPU - « Les Promenades Urbaines ».
L’entretien a pour but d’organiser un cycle de visites autour de
la ZAC Clichy-Batignolles pour le week-end des journées du
patrimoine. L’enjeu est de réaliser une opération intitulée
« Clichy-Batignolles fête son patrimoine ! » à
destination des riverains de la ZAC en travaux, selon les canons de
promenade formulés par LPU. À savoir, un arpentage méthodique des
lieux en groupe spontanément constitué, une invitation collective à
montrer et nommer les signes urbains rencontrés, une énonciation
commune sur le devenir du quartier et sa possible transformation par
l’usager. Quel public assista à ces journées ? Comment se
sont tissés les fils narratifs ? Pour quel parcours ?
Telles sont les questions auxquelles ce compte-rendu tente de
répondre.
500
participants, engagés, lucides et sollicitants
Dans la majorité des cas, nous bénéficions d’une assistance d’habitants des quartiers environnants - Epinettes, Batignolles, Plaine Monceau - de tous âges et de toutes conditions. Leurs attentes concernaient le type d’habitat programmé sur la zone (en accession ou locatif, social ou intermédiaire), les équipements à venir (crèche, commerce, piscine, etc.) et les futures dessertes ferrées (R.E.R., métro, tram, train).
Concernant l’autre assemblée, celle du « grand public cultivé », nous avons accueilli des professionnels de l’acte de bâtir (représentants de la maîtrise d’ouvrage, architectes, urbanistes, étudiants et professeurs), curieux de savoir si ce genre de manifestation avait lieu ici, souvent, et se reproduisait ailleurs, régulièrement.
Du côté des militants du milieu associatif des quartiers, les intervenants ont exprimé leur souhait pour une sauvegarde de la mémoire ferroviaire du dépôt-vapeur des Batignolles, ou bien ont assuré la promotion des circulations douces. D’autres enfin, issus de collectifs oeuvrant en proche banlieue, ont élargi le cadre du débat pour souligner l’impact métropolitain du projet.
Tous
ces publics ont reconnu, à l’unanimité, les mérites de cette
commande particulière à séparer clairement les missions de
chacun : l’organisateur garantissait la promotion de
l’événement (chapiteau sur site, flyers dans boîtes aux lettres,
communiqué de presse dans Libération, le Parisien ou le magazine
« à Paris »)
et l’association assurait les visites (élaboration des contenus,
choix des parcours, management de la parole partagée).
De la géographique du col à la synthèse paysagère
- Le col des Batignolles, lecture géographique d’une interface entre la plaine de France, le coteau de Montmartre et la cuvette parisienne ; • « Une goutte d’eau sur une selle de cheval », lecture historique de ce fief stratégique par ses tenants successifs : paroisse clichyssoise, abbaye de Montmartre, municipalité parisienne ;
- Un éventaire de lotissements, lecture de la spatialisation urbaine de ce point de confluence de la future géographie sociale parisienne : îlots aristocratiques puis bourgeois à l’ouest, bourg explicite au centre, emprise ouvrière à l’est ;
- Le
dépôt-vapeur,
sensibilisation aux différentes échelles territoriales superposées
par l’arrivée du chemin de fer : nationale avec la grande et
la petite ceinture ; régionale avec la spéculation foncière
due au désenclavement de la zone ; métropolitaine avec le
nivellement du versant en plate-forme industrielle ; locale
avec
la construction d’une centralité de bourg (église, mairie,
square, théâtre, etc.) ;
- L’avenue
de Clichy,
mise en lumière des volontés du projet de François Grether de
changer le statut de cette ancienne voie-corridor menant à la
ville-marché de Pontoise et au plateau céréalier du Vexin, en lui
créant une respiration globale et une porosité locale, par
l’intermédiaire du parc Martin Luther King ;
- L’enceinte
de Thiers,
histoire de la « zone » militaire, bande de terrain
non
aedificandi de 250 mètres de large, passant devant le bastion 44, au
passé haut en couleur et à la triste mémoire (Semaine sanglante
contre les Fédérés) ;
- Les
ateliers de décors de l’Opéra,
sensibilisation au monumental à travers deux précédents
architecturaux, la halle et le jeu de paume. À l’époque de la
construction de ces ateliers, la doctrine éclectique faisait rage.
Au service des grands tracés d’agglomération (Opéra Garnier et
son axe), ce courant verse dans un rationalisme participant à la
fabrication d’un nouveau type de bâtiment métallique, inconnu
alors : gares, marchés, palais d’exposition ;
- L’emprise
Géodis,
tentative de représentation de cet immense fond de fouille issu d’un
vaste chantier de démolition, ouvert comme la place de la Concorde
(300 par 200 mètres), en une nouvelle entrée de ville située juste
en face des décors de l’Opéra, talus dominant les Maréchaux
requalifié ici en mail urbain avec emmarchements successifs vers le
parc.
Une
heure trente de conversation pour une heure de marche
Troisième
constat, le parcours offrait un bon panachage entre haltes et
cheminement. En dessinant une boucle aller-retour de cinq kilomètres,
le circuit se parcourait en une heure, laissant une heure et demie
pour la « conversation » - lecture, sensibilisation
et
représentation. Nous tenions comme impératif l’arrivée à la
mi-temps aux entrepôts Berthier pour nous les faire ouvrir. Toutes
les deux heures, une nouvelle promenade débutait en partant depuis
le chapiteau mis en place par la Semavip, devant la maquette du
projet, avant de nous rendre à la fosse commune des Fédérés au
square des Batignolles. Depuis les quais de la gare du Pont-Cardinet,
nous mesurions l’ampleur du site avant d’éprouver son périmètre
« par les jambes », en longeant l’avenue de Clichy
jusqu’à l’enceinte de Thiers. Là, une hôtesse nous attendait.
Au retour des ateliers, nous nous faisions ouvrir l’emprise
désaffectée des anciens entrepôts Géodis. Nous n’avions plus
alors qu’à emprunter la rampe d’accès pompier de l’hôtel
Ibis pour contempler le parc et relire le projet à l’aune de ce
que nous avions vu, entendu et perçu. La promenade se terminait deux
heures et demie après, là où elle avait commencé, sous la tente
de la Semavip. Le public pouvait ainsi poser toutes les questions
d’ordre opérationnel qui avaient vu le jour pendant la
déambulation, aux urbanistes qui nous attendaient là !
Fabrique
du lieu commun
Emmanuel Vicarini
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