L'association ... et les promenades urbaines avant l'association


L’association « Les Promenades Urbaines »

Dès 2001, un programme permanent de promenades urbaines ouvert à tous les publics était proposé par un groupement informel d’institutions réunissant l’Union régionale des CAUE, l’Institut français d’Architecture (qui portait alors la préfiguration de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine) et le Centre Pompidou. Les orientations de base respectaient les principes mis en place par le Centre Pompidou (voir ci-dessous) : croisement des regards, démarche participative et active, thématiques larges incluant des domaines très diversifiés ; à cela il faut ajouter un développement des promenades vers des territoires où des associations locales pouvaient être mobilisées, autant pour servir de relais que pour une coproduction des actions menées (conventions etc.).

Le Centre Pompidou proposa à ce moment, pour une meilleure lisibilité face au public et une meilleure répartition des tâches administratives et financières assumées à tour de rôle par les partenaires, de créer une association qui veillerait au développement des promenades elles-mêmes et à leur valorisation.

Celle-ci fut créée le 22 janvier 2007.
Les membres fondateurs en sont le Centre Pompidou, la Cité de l’architecture et du patrimoine, le Pavillon de l’Arsenal, les CAUE de l’Essonne et du Val de Marne.

Le Centre Pompidou, promenades architecturales, promenades littéraires et promenades urbaines, une expérience de plus de 20 ans

Le texte ci-dessous est extrait d'un article à paraitre d'Yves Clerget, vice-président et fondateur des Promenades Urbaines.

Les promenades urbaines actuelles sont le fruit de l’expérience acquise depuis 1987, à l’occasion de l’exposition Le Corbusier, dans la conception, l’évaluation et la valorisation de divers types de promenades. Celles-ci, organisées d’abord pour les adhérents du Centre Pompidou, par le service liaison adhésion, ouvrirent la voie à un développement, bien plus tard, vers d’autres publics (voire leur reprise dans les diverses offres pédagogiques du Centre Pompidou). Ainsi pendant les premières années furent mis en place divers programmes de promenades non renouvelables (par exemple : une saison de promenades littéraires sous l’égide de la Bibliothèque Publique d’Information ou encore le programme annuel des promenades architecturales sous la tutelle du service liaison adhésion) pour des adhérents privilégiés qui en étaient très satisfaits car cela correspondait évidemment à une attente très profonde d’aller sur les lieux (« l’in situ de visu » bien concret mais aussi utilisant l’imaginaire partagé des lieux ; et croisant les différents champs de la création), ainsi qu’au désir de rencontres exceptionnelles.

Ce n’est que dans un deuxième temps, vers 1994 (grande expo la Ville) que les promenades devinrent urbaines, et que l’on a pensé en « refaire » certaines. Mais elles devaient être retravaillés et adaptées dans le cadre de convention avec des partenaires locaux. S’est alors posé la question de l’articulation de deux approches différentes :

1. Articuler les promenades avec l’actualité des expositions du Centre Pompidou – une évidence pour l’architecture, le design et le graphisme dont la compréhension par un détour sur le terrain n’est plus à démontrer. Les expositions d’arts plastiques, de photos, vidéos etc. ne sont pas en reste, et comme nous l’avons vu, permettent une lecture sensible, croisée/décalée, de l’environnement et des paysages urbains (paysages sonores, visuels, etc.).

2. Mais le Centre Pompidou c’est aussi un bâtiment dans une ville, les collections du musée, la BPI et le département du Développement culturel qui sont tous aussi interrogés par la question urbaine et qui peuvent donc nourrir la programmation des promenades urbaines.

L’articulation fut menée à son terme et les nouvelles promenades urbaines remportèrent une grande adhésion de la part de nos partenaires pour qui le Centre était d’abord un lieu qui posait la question du mélange des genres et qui donc pouvait faire tomber les œillères des disciplines, décaler les points de vue pour apprendre à regarder le chez soi avec un autre regard. Certaines de ces promenades furent réutilisées et valorisées à d’autres fins et avec d’autres publics, pour d’autres actions (entre autres avec des formations en direction des enseignants, des opérations de jumelages de classes Pars/Seine-Saint-Denis – chaque classe devait présenter son quartier à l’autre classe sous forme de promenade, après échange et préparation collective – ou encore des actions menées de concert avec des collectivités territoriales et des structures sociales et culturelles locales – Grigny –, etc.). Outre l’intérêt pédagogique de travailler à l’insertion des arts à l’école, le Centre Pompidou poursuivait évidemment sa mission de croiser arts et cultures et donc de conjuguer, avec les enseignants et les élèves, les différentes disciplines de la création. Tout naturellement l’académie de Créteil qui était pilote sur les questions d’éducation à la ville (opération « Lire la ville » et organisation du festival de la ville dans Créteil) nous demanda d’être membre du comité de pilotage du nouveau Pôle National de Ressources (PNR) Ville – architecture – patrimoine. C’est dans ce cadre qu’a été pensé et réalisé le DVD « Explorateurs de limites » problématisant à travers une série de promenades filmées la question cruciale des limites en ville.


Quelles sont les limites, les frontières, les passages qui ont un sens en ville ?

Et pour qui ? Pour quoi ?

Les promenades à pied, en train, ou en bateau répondaient différemment à toutes ces questions et entre autre à la perception de la limite entre le 75 et les départements limitrophes. Cette zone, autrefois fortifications et zone non-ædificandi, a été le support de quantités de projets, la plupart du temps non-réalisés. C’est qu’elle constitua tout au long du XXe siècle la principale réserve foncière de l’agglomération, jusqu’aux projets de tours voulus par M. B. Delanoë.

La découverte de ces territoires, véritable collage de terrains vagues, de projets avortés, de parcs et jardins conformes à la volonté de réaliser une ceinture verte autour de Paris, de grands ilots de HBM et du boulevard périphérique, sans parler de tous les grands équipements qui y ont pris place (églises, stades, hôpitaux, …) est l’occasion de faire une double revue de projet, ceux que l’on voit aujourd’hui mais aussi ceux que nous ne verrons jamais, parfois meilleurs, peut-être, que ceux qui furent réalisés (exemple du projet de Le Corbusier au bastion Kellermann).

Le croisement des thématiques et des compétences qui fabriquent l’urbain se retrouve également partout où il y a des enjeux métropolitains, à la périphérie de Paris comme dans le quartier Halles-Beaubourg, ou ailleurs en Île-de-France, voire en des lieux plus lointains mais plus proches en temps grâce aux transformations spatiales induites par les moyens de transports rapides, qui révolutionnent la question des limites urbaines et modifient la forme même de l’espace (Sénart, Marne-la-Vallée, Senlis, Creil, Reims, etc.).